POLITIQUE & CUISINAGES

Corruption : l’État investit dans les écoutes avant que les candidats n’investissent dans les électeurs

Les messages WhatsApp des candidats seront-ils bientôt sur écoute ?

C’est une grande première dans l’histoire de la vertu ministérielle : pour le scrutin législatif du 23 septembre prochain, le ministère de l’Intérieur et la présidence du ministère public ont décidé d’unir leurs forces (et leurs tympans). Objectif ? Empêcher nos chers candidats de confondre les bulletins de vote avec des billets de banque. Une mauvaise habitude, sans doute.

Rabat– Al Ousboue

Pour ce faire, notre cher ministre déploie l’artillerie lourde. Fini le bon vieux temps où l’on achetait le chaland en toute discrétion au coin d’un zinc. Place à la modernité !

Selon les bonnes feuilles du quotidien Al Akhbar, l’État va brancher ses grandes oreilles sur les smartphones des futurs élus. Écoutes téléphoniques d’un côté, flicage des boucles WhatsApp de l’autre : la techno-surveillance est en marche pour débusquer le candidat d’humeur un peu trop généreuse.

Tout cela en application stricte de l’article 62 de la loi organique relative à la Chambre des représentants. Un texte tellement rigoureux qu’il promet aux amateurs de distribution de liasse, ainsi qu’à leurs dévoués intermédiaires, un séjour gratuit de deux à cinq ans à l’ombre, assorti d’une amende qui donne le tournis. Même la simple tentative de convaincre un électeur de rester à la pêche le jour J sera punie. C’est dire si l’on ne rigole plus avec le civisme obligatoire.

N’écoutant que son courage, le ministre de l’Intérieur a d’ores et déjà envoyé des télégrammes particulièrement chaleureux aux walis, gouverneurs et autres agents d’autorité. La consigne est simple : fliquez-moi tout ce qui bouge.

Une surveillance VIP sera accordée aux maires et présidents de communes sortants, soupçonnés d’avoir une fâcheuse tendance à confondre le budget de la municipalité avec leur budget de campagne. Utiliser la bétonnière de la mairie ou inaugurer trois fois le même square financé par le contribuable pour gratter des voix ? Voilà qui est désormais totalement has-been.

La cerise sur le bulletin : Pour couronner ce festival de la transparence, on annonce la création d’une « commission centrale » (composée du ministre et du procureur en personne), elle-même déclinée en commissions régionales, provinciales et préfectorales. Bref, une armée de comités pour veiller au « caractère sacré » des élections.

De quoi garantir un scrutin d’une pureté cristalline. Ou, à défaut, d’obliger les fraudeurs à devenir un peu plus imaginatifs.

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