Abdellatif Ouahbi semble avoir trouvé une nouvelle vocation : passer du statut de militant rugissant à celui d’avocat attitré des intérêts bourgeois. Dans les couloirs du barreau, on se demande encore comment celui qui défendait autrefois les détenus du Hirak du Rif aux côtés de Nasser Zefzafi, et plaidait pour les prisonniers islamistes, est devenu l’« ennemi » numéro un de ses propres confrères.
RABAT – Al Ousboue
La réponse, selon eux, tient en trois mots : décisions unilatérales assumées. Retenue à la source, hausse des frais judiciaires, réforme profonde de la loi encadrant la profession… Ouahbi semble avoir troqué la robe du militant pour le costume du gestionnaire bureaucratique, celui qui signe les textes sans regarder derrière lui, ni autour..
Ses anciens compagnons de lutte, eux, n’en reviennent pas. L’homme qui partageait autrefois les combats pour améliorer les conditions de la défense applique désormais une logique administrative aussi rigide qu’un code civil imprimé sur du béton. Les avocats, les adouls, les notaires judiciaires, les huissiers : tout le monde trinque, sauf le ministère.
Et Ouahbi ne s’en cache même pas. Il revendique son admiration pour la bourgeoisie marocaine, rappelant que « la bourgeoisie contrôle les choses » et que le droit, finalement, « a ses limites ». Quant aux jugements sociaux en faveur des travailleurs, il explique que la loi ne lui permet pas de les exécuter face aux entreprises. Au moins, c’est clair : la lutte des classes n’aura pas lieu au ministère.
Pendant ce temps, l’Association des barreaux du Maroc fulmine. Elle rejette la version finale du projet de loi, qu’elle juge dangereuse pour l’indépendance de la profession. Elle accuse le ministère d’avoir piétiné la méthodologie participative, ignoré les accords du dialogue, et écarté toutes les observations transmises. Une attitude qualifiée de « grave et incompréhensible » ce qui, dans le langage feutré des avocats, équivaut à un carton rouge.
L’Association tient le ministère pour responsable du climat de tension qui secoue le secteur, dénonçant un recul du dialogue et un mépris des revendications. Une conférence de presse est annoncée pour éclairer l’opinion publique, même si beaucoup estiment que la lumière ne viendra pas du ministère.
Quant aux avocats, ils préviennent : ils ne reconnaîtront aucun texte qui ne respecte pas la spécificité de leur mission humaniste et leur rôle fondamental dans l’État de droit. En clair : Ouahbi peut signer ce qu’il veut, eux ne signeront pas en bas de la page.



