
C’est le grand paradoxe du Royaume chérifien : la macroéconomie brille de mille feux, mais le peuple, lui, cherche encore les allumettes. Un rapport du centre de recherche américain Stimson vient de doucher les ardeurs de la communication gouvernementale. Le titre résume à lui seul le sentiment général, version dicton du terroir : « Ni les acquis n’ont été gardés, ni le visage n’a été lavé ». En clair : on a tout perdu, même la face.
Rabat – Al Ousboue
Il faut dire que la vitrine est splendide. Le Maroc se rêve en puissance régionale, idéalement positionné pour draguer l’Union européenne, avec un PIB ronflant de 154 milliards de dollars et une croissance promise à 4,9 % pour 2025. On fabrique des voitures, on diversifie à tout va pour oublier le vieux phosphate, et on s’apprête même à devenir le roi de la batterie électrique. L’inflation ? Un minuscule 0,8 %. Un vrai miracle avant l’heure.
Sauf que derrière le clinquant des usines rutilantes, le tableau social ressemble plutôt à un roman de Zola. Cette superbe industrie « moderne » a un petit effet secondaire : un chômage global à 13,3 %, qui culmine à un très dynamique 35 % chez les jeunes citadins. Il faut dire que la campagne se vide de ses emplois agricoles et que les femmes sont priées de rester poliment à la maison (à peine 22 % d’entre elles bossent). Un modèle de transition, sans doute.
Le chef-d’œuvre reste à venir : l’Éducation nationale. Le rapport nous apprend, l’air de rien, que 40 % des enfants de plus de 10 ans ne savent pas lire. Entre le décrochage scolaire qui fait fureur dans les campagnes, les classes tellement bondées qu’on s’y marche sur les pieds et un niveau linguistique en chute libre, l’ascenseur social est définitivement en panne au sous-sol. Les enfants des « classes vulnérables » (comprenez : les pauvres) ont donc toutes leurs chances pour accéder aux emplois de demain. Lesquels ? Mystère.
Mais haut les cœurs ! Les chiffres du PIB sont bons, et c’est bien là l’essentiel pour rassurer les marchés. Pour le reste, on repassera.



