POLITIQUE & CUISINAGES

Duel de barbus : Benkirane siffle le penalty, Abbadi crie au hors-jeu

Al Adl Wal Ihsane sort-elle de sa réserve seulement quand les caméras sont branchées ?

Il y avait de la friture sur la ligne, cette semaine, entre les deux grandes chapelles de l’islamisme marocain. D’un côté, Mohamed Abbadi, secrétaire général d’Al Adl Wal Ihsane, le mouvement qui préfère la prière de rue au bulletin de vote, question de rester pur. De l’autre, Abdelilah Benkirane, l’ancien Chef du gouvernement qui, lui, a préféré le bulletin de vote à la prière de rue, question de rester au pouvoir. Résultat : un joli concours de mauvaise foi, retransmis en direct devant les dames de « Al Misbah », qui espéraient sans doute un débat sur l’engagement citoyen et ont eu droit à un remake de « Question pour un Champion, spécial rancune tenace ».

Rabat – Al Ousboue

Abbadi, fidèle à son costume de Cassandre patiente, a ressorti son argument favori : « Je vous avais bien dit que la politique, c’était pour les naïfs. » Traduction libre : dix ans de gouvernement PJD n’ont rien réglé, ni la corruption, ni l’« autoritarisme », circulez, y’a rien à voir, sauf nous, qui avons eu la lucidité de rester bien sagement sur le trottoir à regarder passer le cortège.

Réponse cinglante de Benkirane, dans un style qu’on pourrait qualifier de « courtoisie armée » : « Le temps ne vous a rien donné raison », a-t-il asséné, avant d’enchaîner sur ce classique du registre magnanime-mais-piquant, invoquer la mémoire du défunt guide spirituel Abdessalam Yassine pour mieux enfoncer ses héritiers. Un « Que Dieu ait son âme, mais vous, ses successeurs, vous n’avez toujours rien à proposer » qui vaut son pesant de nostalgie électorale.

Et c’est là que le sketch devient franchement savoureux : Benkirane accuse ses rivaux de n’exister « que lors des échéances politiques », de « sortir puis repartir » comme des marmottes électorales, lui qui, précisément, incarne depuis plus de vingt ans l’art consommé du come-back opportun, disparaissant après chaque revers pour ressurgir pile au bon moment, micro en main, formule assassine prête à l’emploi. Question de constance dans la présence, on notera que les deux camps jouent à guichets fermés la même pièce : « Absent, mais indispensable ».

Sur le fond, on cherchera en vain la moindre trace d’un vrai bilan chiffré, d’une autocritique digne de ce nom, ou, soyons fous, d’une proposition concrète pour les Marocains qui, eux, continuent d’attendre patiemment que la corruption recule et que le pouvoir d’achat progresse, pendant que M. Benkirane et M. Abbadi se disputent la médaille du plus clairvoyant depuis 2011. Pendant ce temps, la « fraternité et le respect » invoqués par le chef du PJD ressemblent furieusement à ces formules de politesse qu’on glisse juste avant de planter le couteau, un classique du genre, format made in Rabat.

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