
Communiqué de victoire à Alger : le pouvoir a organisé des élections, quatre Algériens sur cinq ont organisé leur après-midi autrement. Score sans appel. 20% de participation !
Rabat – Al Ousboue
La semaine dernière, l’Algérie a vécu un grand moment de démocratie participative où, fait notable, personne n’a participé. 407 sièges à pourvoir à l’Assemblée populaire nationale, et 20% des inscrits qui daignent se déplacer, un score qu’on qualifiera, par charité, de « populaire au sens large », c’est-à-dire au sens où quatre habitants sur cinq de la maison ont préféré rester sous la couette. Quant au mot « nationale », on suppose qu’il désigne la nation qui, elle, brillait par son absence dans les bureaux de vote, sans doute retenue par un empêchement de dernière minute, du genre : ras-le-bol généralisé.
Pourquoi voter, en effet, quand les vraies décisions se prennent ailleurs, entre képis, loin des urnes et des micros ? Les généraux qui pilotent le pays n’ont jamais été élus par personne, ils se recrutent en interne, façon conseil d’administration mafieux où on ne vote que pour reconduire le bureau sortant. Tebboune, lui, sert de jolie devanture républicaine : costume-cravate, écharpe rouge, verte et blanche, sourire figé, le genre de façade qu’on repeint tous les cinq ans pour faire croire que l’immeuble est encore habité.
Un record qu’on n’est pas près d’exposer au musée
Depuis l’indépendance de 1962, merci qui ? merci de Gaulle, gracieusement concédée après quelques désagréments, jamais un scrutin n’avait fait un bide pareil. Ironie savoureuse : en 1962, le pays comptait une majorité d’analphabètes qui ignoraient tout de l’économie et de la politique. Six décennies plus tard, la population sait lire, écrire, compter et probablement faire des additions embarrassantes sur le prix de la semoule, et c’est précisément à ce moment-là qu’on la prie gentiment de rester chez elle. Curieuse conception du progrès : plus on est instruit, moins on a le droit de compter.
En 2021 déjà, la participation plafonnait à 23%. La voilà à 20% aujourd’hui. À ce rythme de dégringolade olympique, on annonce sans trop de risque l’avènement d’un jour glorieux où les candidats seront plus nombreux que les votants. La junte finira par nommer directement les députés par décret, en interne, sans déranger personne, solution qu’on saluera au moins pour son honnêteté brutale : au moins, plus personne ne fera semblant.
Une opposition homologuée « opposition »
Nouveauté du cru 2026 : presque tous les partis étaient autorisés à concourir, opposition comprise, mot qu’il convient ici de manier avec des pincettes, puisqu’en Algérie on peut s’opposer à tout, sauf à l’essentiel. Essayez donc de critiquer publiquement le soutien inconditionnel au Polisario, ce gouffre à dizaines de milliards de dollars, et on vous trouvera vite une cellule bien fraîche pour méditer sur la liberté d’expression. Résultat : tous les partis présents, et personne pour aller voter. Comme quoi le corps électoral, lui, avait parfaitement saisi la nuance entre « opposition » et opposition.
Tebboune, ou l’art de trouver son slip transparent élégant
Face à ce fiasco, le président, dont on rappelle qu’il tient son mandat d’un système qui ne lui doit rien de démocratique, s’est fendu d’un commentaire du plus haut niveau intellectuel : le scrutin fut « transparent ». Formidable nouvelle. C’est un peu comme se réjouir publiquement d’avoir porté un caleçon transparent à la parade : techniquement, on ne peut effectivement rien vous reprocher sur la transparence de la chose. Sur le reste, en revanche, on détourne pudiquement le regard.
Et cette transparence-là a au moins eu le mérite de dévoiler l’anatomie complète du régime. La loi électorale permet d’écarter tout candidat jugé de « mauvaise réputation », critère flou évalué par le gouvernement lui-même, dont chacun connaît l’irréprochable moralité. Plus de 3 000 candidatures recalées : de quoi éliminer d’un coup tous les trublions susceptibles de gêner les généraux et leur homme de paille. Une démocratie tellement soucieuse de qualité qu’elle commence par jeter la moitié des candidats à la poubelle avant même d’ouvrir les bureaux de vote.
La Kabylie a voté avec ses pieds, en restant chez elle
Mention spéciale à la Kabylie, où la participation s’écroule à 15%, record national de désintérêt. Traduction sans ambiguïté : 85% des Kabyles ont dit, sans un bulletin, tout le bien qu’ils pensent du système. On serait presque curieux de voir si Alger, si prompte à financer, armer et défendre diplomatiquement le droit à l’autodétermination du Polisario, envisage d’appliquer la même générosité au MAK. On peut rêver, ce serait cocasse, et surtout follement cohérent avec un régime dont 80% des citoyens viennent, chiffres à l’appui, de signifier qu’ils n’y croient plus une seconde.
