POLITIQUE & CUISINAGES

Baccalauréat au Maroc : Les factures des détecteurs de triche portées disparues

Berrada a-t-il classé le prix des 2 000 boîtiers secret-defense ?

Par ici la monnaie, cachez ces portables qu’on ne saurait voir ! À Rabat, le ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement préscolaire et des Sports (ouf !), Mohamed Saad Berrada, vient d’inventer la machine à stresser les bacheliers et à vider les caisses publiques dans la plus grande discrétion. Une performance qui mérite au moins une mention.

Rabat– Al Ousboue

Pour éradiquer le fléau de la triche aux examens, notre cher ministre a eu une idée lumineuse : acheter 2 000 détecteurs de téléphones portables. Une initiative fort louable, si ce n’est que le coût de l’opération et le nom de l’heureux fournisseur sont classés « secret-défense ».

Interrogé sur le montant de la facture, payée, rappelons-le, avec les deniers du contribuable, le ministère a appliqué la méthode dite de « la carpe ». Pas un chiffre, pas un nom d’entreprise adjudicataire. Circulez, il n’y a rien à voir, mais il y a beaucoup à payer !

Les mauvaises langues du corps éducatif, toujours tatillonnes, qualifient déjà ce marché d’« opaque ». On préférera dire qu’il est pudique.

Le plus savoureux reste l’efficacité redoutable de ces bijoux de technologie. Sur le terrain, les détecteurs se sont avérés aussi infaillibles qu’un radar aveugle. Plusieurs smartphones ont traversé les mailles du filet ministériel sans même faire bip, permettant à quelques petits génies de la triche de continuer leurs affaires en toute sérénité.

En revanche, là où la machine Berrada a fonctionné à plein régime, c’est sur le système nerveux des candidats. Grâce à ces gadgets, les centres d’examen ont été transformés en zones de haute sécurité, ambiance parloir de prison.

Selon le Centre marocain des droits de l’Homme, qui n’a pas le sens de l’humour technologique, les fouilles intempestives de lycéens ont tourné au fiasco psychologique. Des ados coupables de ne rien avoir sur eux ont été palpés et retournés, perdant au passage entre 15 et 40 minutes sur le temps réglementaire de leur épreuve. De quoi aborder l’épreuve de mathématiques avec une sérénité olympique.

Face à ce grand n’importe quoi high-tech, les professionnels de l’éducation réclament désormais une enquête officielle. Pour l’instant, le ministre, lui, cherche sans doute le bouton « reset » de ses détecteurs.

Berrada a voulu débusquer les tricheurs, il a surtout réussi à faire biper le radar de la bonne gestion financière !

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