
Ouf ! Les habitants de Douar El Hajja, Douar Ed-Doum, Maadid et Takadoum peuvent enfin souffler. Eux qui passaient leurs nuits à scruter l’horizon en attendant les bulldozers vont pouvoir redécouvrir les joies du sommeil. Il faut dire que leurs quartiers ont un immense défaut : ils sont situés dans des zones « stratégiques » de Rabat. Comprenez : du foncier pimpant qui donne de sacrées idées aux promoteurs et fait saliver les bétonneurs.
Rabat– Al Ousboue
Depuis des mois, c’était le grand jeu du chat et de la souris technocratique. D’un côté, des familles rongeant leur frein en l’absence totale de « données officielles détaillées », la grande spécialité locale de la transparence opaque. De l’autre, des autorités locales muettes comme des carpes. Résultat de ce silence radio : les habitants avaient sagement arrêté de repeindre leur salon ou de réparer le toit, de peur de financer les gravats de demain.
Mais miracle au Conseil municipal ! La lumière est venue non pas d’un élan de bonté humaniste, mais du grand livre des comptes. Selon de savantes « analyses structurelles », ces quartiers populaires seraient finalement tout à fait dignes d’être intégrés à la capitale. Résumé clair : raser des quartiers entiers et reloger tout ce petit monde aurait coûté un pognon de dingue. Face au gouffre financier, nos décideurs ont donc eu une illumination humanitaire : et si on laissait les gens chez eux ?
Le jargon qui sauve : L’option d’une « restructuration technique et d’une mise à niveau réglementaire » est donc officiellement privilégiée. C’est tout de même plus chic pour dire qu’on va enfin mettre à niveau ces quartiers.
Le grand œuvre municipal promet donc de moderniser les égouts, de redresser les routes et de « consolider le tissu social ». Un programme si parfait qu’il ferait presque verser une larme.
Seul petit hic dans ce tableau idyllique : les associations locales et les pénibles défenseurs des droits humains s’invitent à la fête. Ces esprits chagrins réclament une « méthodologie participative ». Ils poussent même le vice jusqu’à demander des garanties juridiques écrites sur les droits de propriété et un calendrier précis des travaux. Autant dire qu’ils demandent la lune. Demander à une administration de planifier ses travaux et de communiquer régulièrement ? On aura tout vu.



