RÉGIONS QUI RÂLENT

Un député transforme 240 hectares en carrière : l’intérêt général en gravats

Qui protège le parlementaire Noureddine Aït El Haj qui s’est approprié 240 hectares à Kalaat Sraghna ?

Les habitants d’Oulad Youssef, commune de Sidi Issa Ben Slimane, province de Kalaat Sraghna, s’interrogent sur le silence de la préfecture et de la direction des affaires rurales face à l’occupation et l’appropriation, depuis de longues années, par un député connu de la région de 240 hectares de terres collectives, et ce malgré un jugement judiciaire en faveur des ayants droit ordonnant la restitution des parcelles. Mais pourquoi se hâter quand on peut temporiser légalement ?

Rabat – Al Ousboue

Le ministère de l’Intérieur, soucieux d’équité sporadique, a pourtant envoyé quelques notes et directives aux présidences de province : distribuez, titularisez, rendez aux autochtones ce qui leur appartient. Résultat ? Les terres d’Oulad Youssef atterrissent dans la poche du député USFP Noureddine Aït El Haj, qui, pratique, y installe une carrière de pierres et de sable. Les paysans locaux, qui cultivent et vivent là, manifestent un léger agacement : poussière, nuisances et adieu la tranquillité. Mais l’intérêt public, c’est bien connu, se mesure rarement en débits de camions.

Cerise sur le gâteau administratif : le Conseil de tutelle a confirmé que ces terres appartiennent aux ayants droit et qu’il faut leur restituer. Les autorités préfectorales, elles, pratiquent l’art ancestral du temporisage. Exécuter une décision de justice ? Pas pressés. Motifs ? Mystère et boule de gomme.

Après des courriers adressés au ministre de l’Intérieur et à l’Institution du Médiateur du Royaume, la situation est toujours gelée. Les obligations légales restent des suggestions, et le jugement attend son heure comme une lettre au Père Noël. Les habitants réclament, non sans une pointe d’amertume, la réouverture d’une enquête sur la cession généreuse de plus de 200 hectares au député incriminé, qui a pris la liberté de violer à la fois la volonté des populations et, accessoirement, la législation environnementale.

Le Médiateur, noble institution, nous rassure : la terre collective serait « dans son état d’origine » depuis l’abandon supposé des occupants. Pas de bâtiments, pas de décharges, circulez, il n’y a rien à voir, sauf peut‑être des tombereaux de gravats et des camions qui creusent. Les villageois, eux, continuent d’attendre que la loi rattrape la carrière. En attendant, la poussière, elle, n’attend pas.

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