
C’est le dernier filon à la mode dans les chancelleries européennes : la loterie sans gagnant. Une martingale financière qui fait fureur dans les consulats de France et d’Espagne, où l’on a inventé le concept révolutionnaire de la prestation de service… sans service.
Rabat– Al Ousboue
Pour les citoyens marocains, l’obtention du précieux sésame pour l’Europe s’est transformée en un coûteux safari bureaucratique. Un véritable « parcours du combattant » budgétaire, nous rapporte le quotidien Al Ahdath Al Maghribia, où le candidat au voyage doit d’abord vider ses poches avant même d’espérer passer la douane.
La recette de ce hold-up légal est simplissime. Prenez un honnête contribuable désireux de visiter la Tour Eiffel ou la Sagrada Familia. Exigez de lui un droit d’entrée de 80 euros (non remboursable bien sûr), une montagne de paperasse certifiée conforme, des réservations d’hôtels non modifiables et des billets d’avion payés d’avance. Pour pimenter le tout, ajoutez-y une pincée de frais d’intermédiaires privés et de courtiers qui se sucrent joyeusement au passage.
Secouez le tout, puis, d’un geste magnanimement discrétionnaire, tamponnez un grand « REFUSÉ » sur le dossier.
Le résultat est magique : le candidat reste à quai, mais ses devises, elles, ont bien passé la frontière. L’Europe retient la monnaie, mais pas le voyageur. C’est ce qu’on appelle la libre circulation des capitaux, version unilatérale. Chaque année, ce sont ainsi des millions de dirhams qui s’évaporent dans les caisses consulaires pour financer le traitement de dossiers rejetés.
Pour justifier ce racket poli, nos diplomates ne manquent pas d’imagination. Les motifs de rejet tombent comme à grelotte : « ressources financières insuffisantes » (surtout après avoir payé les frais de visa), ou l’indémodable « doute sur la volonté de retourner au pays ». En clair : « Vous êtes trop pauvre pour venir dépenser vos sous chez nous, mais assez riche pour nous donner 80 euros pour rien. » Une logique administrative d’une transparence de cristal, évidemment.
Face à cette spoliation en gants blancs qui provoque une sacrée grogne sociale, les associations de consommateurs marocaines ont décidé de gâcher la fête. La Fédération marocaine des droits du consommateur menace en effet de traîner en justice les plateformes de réservation et autres marchands de rendez-vous. Son idée farfelue ? Demander le remboursement des frais quand le service n’est pas rendu. Il fallait oser !
En attendant que la justice mette son nez dans ce tiroir-caisse diplomatique, l’ONG conseille aux recalés de Schengen de conserver précieusement leurs factures. Quant aux consulats européens, ils peuvent continuer à dormir sur leurs deux oreilles et sur leurs tas d’or : au jeu du visa, c’est toujours la banque qui gagne.



