
À Nador, pas besoin de milliards pour privatiser l’espace public. Une chaise en plastique suffit. Trois parpaings font encore mieux. Une barrière devant un commerce, et voilà deux mètres de trottoir transformés en propriété privée, sans acte notarié ni cérémonie d’inauguration.
Nador – Zoujal Belkacem
Le mécanisme est d’une simplicité désarmante: on pose, on occupe, on laisse faire. Hier, le trottoir appartenait à tout le monde. Aujourd’hui, il appartient à celui qui y a installé sa chaise le premier.
Le plus intéressant n’est pourtant pas la chaise. C’est ce qu’elle révèle. Quand le contrôle faiblit, l’occupation provisoire finit par prendre des airs de droit acquis. Le provisoire devient permanent, l’habitude devient tolérance, et la tolérance finit par ressembler à une autorisation.
Et inutile de déclarer la guerre aux chaises. On les enlève aujourd’hui, elles reviennent demain. Avec, parfois, une cousine: la barrière métallique. Le vrai problème n’est donc pas le mobilier urbain, mais la règle devenue négociable.
La chaise n’a aucun titre de propriété. Mais si personne ne vient le lui rappeler, elle finira par se croire propriétaire.



