
Chers lecteurs, réjouissons-nous: nos élus du Nord ont trouvé la recette du bonheur. Le leur, principalement. Entre villas à Tétouan, resorts touristiques et projets immobiliers, ils bâtissent un avenir radieux… le leur, toujours, pendant que les hôpitaux locaux continuent de soigner à la lampe-torche et que les écoles accueillent leurs élèves dans des préfabriqués dignes d’un camp de réfugiés.
TANGER – Al Ousboue
Les «observateurs du terrain», ceux qui n’ont pas encore émigré, dénoncent un «recul de l’attention portée aux questions sociales». C’est joliment dit. En langage citoyen, ça se traduit par: les élus ont oublié qu’on existait, mais ils se souviennent parfaitement de leurs comptes en banque.
Le plus beau dans cette histoire? Le timing cyclique de l’amour électoral. Nos représentants, si prompts à disparaitre entre deux scrutins, redeviennent soudain accessibles, souriants, et surtout à l’écoute quand approche le mois de juin. On les voit alors arpenter les souks, embrasser des bébés, promettre des écoles, des routes, des emplois. Puis les urnes parlent, et eux se taisent… jusqu’au prochain round. C’est ce qu’on appelle le dialogue démocratique saisonnier, comme les cerises ou les sardines.
L’article pose avec une naïveté touchante «une question» à la fin: les élites proposeront-elles enfin des programmes clairs? Oh, chers journalistes. La réponse est dans la question depuis le début, et elle s’appelle «projets et intérêts privés». Quand on a goûté au miel de l’entrepreneuriat politique, difficile de retourner au pain sec de la représentation publique.
Mais rassurons-nous: «à l’approche des prochaines échéances électorales, ces dossiers devraient revenir au premier plan». Devraient. Ce conditionnel est tout un programme en soi. Comme si les promesses de 2021, 2016, 2011 n’avaient pas suffi à nous vacciner contre l’espoir.



