RÉGIONS QUI RÂLENT

Kénitra | Pillage de sable à Mehdia

L'administration ferme-t-elle les yeux ou attend-elle la disparition de la corniche pour réagir ?

C’est bien connu, au royaume des projets d’aménagement à millions, on n’a pas de pétrole, mais on a des idées. Et surtout, beaucoup de sable. Enfin, « beaucoup », c’était avant.

Rabat– Al Ousboue

À l’approche des vacances, les estivants qui comptaient dorer leur anatomie sur la plage de Mehdia, près de Kénitra, vont devoir réviser leurs classiques. Selon le quotidien Al Akhbar, le paysage local a adopté un style très épuré : la plage s’est fait la malle, et la corniche toute neuve, qui a pourtant englouti une jolie montagne de dirhams, s’effondre gentiment. Un chef-d’œuvre d’architecture éphémère.

La faute à qui ? Au réchauffement climatique ? Pensez-vous ! Au pillage industriel et fort peu légal du sable, orchestré sous l’œil admirablement distrait des autorités locales. Le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) avait pourtant envoyé une petite carte postale pour alerter sur ce grand siphonnage. Le chiffre du jour : 4 mètres. C’est ce que perd la plage chaque année depuis… 2011. Une étude du cabinet SOGREAH l’écrivait déjà noir sur blanc. Quatorze ans pour digérer un rapport, c’est le tempo normal de l’administration ?

Il faut dire que la méthode est subtile : de grands navires viennent draguer si près des côtes qu’ils creusent de véritables canyons sous-marins. L’océan, qui a horreur du vide, s’empresse de reboucher ces tranchées en aspirant directement le sable de la plage. C’est le concept de la baignoire dont on vide le fond par le canapé. Imparable !

Mais rassurez-vous, il n’y a pas que le paysage qui trinque, la santé publique aussi s’invite à la fête. Les laboratoires ont analysé le cocktail local. Le verdict est un régal pour les chimistes : hydrocarbures en tout genres et, surtout, une dose de mercure à faire exploser tous les thermomètres.

Grâce au dragage intensif qui touille joyeusement les vieux sédiments accumulés par le fleuve Sebou, les métaux lourds qui dormaient tranquillement sous le sable ont été libérés.

Le cycle de la vie version Mehdia est désormais merveilleusement bien huilé :

  1. Le poisson mange le mercure.

  2. Le plancton s’asphyxie dans l’eau devenue opaque.
  3. Le rescapé à écailles s’enfuit au large pour échapper au vacarme infernal des dragues.

  4. Le pêcheur artisanal local contemple son filet vide en se demandant s’il ne devrait pas se reconvertir dans la vente de thermomètres.

La société civile réclame aujourd’hui une enquête officielle. Gageons que les conclusions de cette enquête seront rendues publiques juste à temps pour l’inauguration de la prochaine corniche. D’ici là, messieurs les vacanciers, n’oubliez pas votre crème solaire… et votre compteur Geiger.

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