
C’est le nouveau projet du désert, garanti 100 % décarboné et hautement soluble dans la communication officielle. Rabat a décidé de devenir le nombril mondial de l’hydrogène vert. Pour séduire le chaland international, le Royaume ne lésine pas sur les moyens : le programme « Offre Maroc » prévoit d’allouer la bagatelle d’un million d’hectares de terrains. Une broutille. Pour la première phase, on commence modestement avec 300 000 hectares. Les locaux apprécieront ce nouveau voisin invisible mais tellement vertueux.
Rabat– Al Ousboue
Selon les divinations très sérieuses de la Banque mondiale, le kilo de ce gaz magique ne coûtera presque rien d’ici… 2050. Plus que vingt-quatre ans à attendre pour vérifier le prix au kilo, autant dire demain !
En Europe, on salive déjà. L’Union européenne, qui a promis de consommer dix millions de tonnes d’hydrogène propre d’ici 2030 sans trop savoir comment les produire, regarde de l’autre côté de la Méditerranée avec les yeux de l’amour (et du consommateur aux abois). En 2025, Rabat a donc validé une montagne de projets pour la modique somme de 319 milliards de dirhams. Des consortiums étrangers, dont notre TotalEnergies, se bousculent au portillon. Le pétrolier français rêve de transformer le soleil de Guelmim-Oued Noun en ammoniac vert pour l’exporter fissa vers le Vieux Continent.
Évidemment, pour fabriquer cet élixir du futur, il y a un léger détail technique : l’électrolyse. Un procédé fort écologique qui réclame des piscines d’eau douce. Problème : le Maroc est en situation de stress hydrique chronique. Qu’à cela ne tienne ! Après quelques miraculeuses ondées durant l’hiver 2025-2026, le gouvernement a sorti sa botte secrète : le dessalement de l’eau de mer à haute dose. L’objectif est de passer de 25 % à 60 % d’eau potable issue de l’océan d’ici 2030.
Pour ne pas fâcher le contribuable, l’État a trouvé l’astuce ultime : ce sont les industriels privés qui paieront leurs propres usines de dessalement. Et s’il reste un peu d’eau après avoir rincé les éprouvettes de l’hydrogène, on promet qu’on en donnera aux populations locales. Elle n’est pas belle, la vie ?
Seul hic dans ce plan sans nuage : tout le monde a eu la même idée au même moment. L’Égypte s’agite sur le canal de Suez, la Namibie, la Mauritanie et l’Afrique du Sud jouent des coudes, sans parler des émirs du Golfe qui recyclent leurs pétrodollars dans le renouvelable pour préparer l’après-pétrole.
Heureusement, nos experts veillent au grain et rassurent : la demande mondiale sera tellement gigantesque que tout le monde aura sa part de gâteau gazeux. On attend d’ailleurs 15 000 emplois et 22 milliards de dirhams de revenus annuels d’ici 2030.
Seule condition pour que ce château de cartes tienne debout : que la demande mondiale se stabilise et que les réglementations internationales ne changent pas en cours de route. Un détail, on vous dit.



