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Berrechid | Un MRE investit des millions, un mystérieux propriétaire empoche la mise

Investir au pays natal : acte de foi ou pari perdu d'avance ?

Un conte de fées version cadastre : de gentils Marocains du monde, la valise pleine de devises et le cœur gros d’amour pour la patrie, débarquent à Berrechid pour y planter du béton et de l’emploi. Ils achètent un terrain en bonne et due forme, papiers tamponnés, conservation foncière au complet, le rêve, quoi. Sauf qu’au Maroc, on sait bien qu’un titre de propriété, c’est un peu comme un abonnement Netflix : ça se résilie tout seul si quelqu’un d’assez malin passe par là.

Berrechid – Al Ousboue

Et voilà notre homme mystère. Un monsieur qui, il y a quelques années, avait pourtant perdu son procès pour ce même bout de terre, un détail, une broutille, l’administratif adore les seconds tours. Le voilà qui ressort de nulle part, tel un diable de sa boîte, et se retrouve, tenez-vous bien, seul et unique propriétaire de plusieurs dizaines d’hectares. Des hectares qui, soit dit en passant, ont appartenu successivement aux colons français, puis à l’État, puis à une famille, puis à la société des investisseurs. Bref, tout le monde y est passé sauf lui, jusqu’à ce jour de grâce où la baguette magique administrative a fait son office.

La suite est un modèle du genre. Notre champion commence par rayer purement et simplement la société propriétaire du registre foncier, la gomme magique, ni vu ni connu, adieu les inscriptions, adieu l’hypothèque bancaire de plusieurs millions de dirhams, envolée comme par enchantement. Il flirte ensuite avec une notaire pour une promesse de vente qu’il abandonne en cours de route, visiblement, l’officiel, très peu pour lui, il préfère l’artisanal. Il finit donc par vendre le tout pour un montant qui donne le tournis, plusieurs centaines de millions de dirhams excusez du peu, via… un simple acte sous seing privé rédigé par un écrivain public et légalisé dans un arrondissement de Casablanca. Un papier de bazar pour une transaction de sultan : la modestie administrative dans toute sa splendeur.

Et le meilleur, le clou du spectacle, c’est que la justice, elle, valide. Une cour d’appel qui avale sans sourciller un acte sous seing privé pour des dizaines d’hectares et des millions de dirhams, alors que la loi exige en principe un tout autre luxe de procédures pour ce genre de superficie. Mais non, circulez, y’a rien à voir : le monsieur récupère le terrain fin 2025 et le refourgue dans un timing digne d’un livreur Glovo, sans rembourser l’hypothèque, sans régler les droits de l’État, et sans un regard pour les investisseurs qui, eux, ont eu la naïveté de croire qu’investir au pays natal était un acte d’amour plutôt qu’un sport de combat.

Moralité de cette fable foncière : au Maroc, on peut perdre un procès et gagner un empire immobilier quelques années plus tard, à condition d’avoir le bon feutre, le bon écrivain public et, on l’imagine, le bon carnet d’adresses. Les investisseurs de la diaspora, eux, attendent toujours leur terrain, et la cour d’appel de Settat, qui statuera, on l’espère, avec un peu plus de rigueur que le tribunal de la crédulité générale.

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