
Bienvenue à Sidi Yahya Zaër, charmante bourgade de la préfecture de Skhirat-Témara, où l’administration locale a trouvé le remède miracle contre la crise immobilière : interdire tout bonnement de vendre. Depuis quelque temps, les propriétaires terriens locaux goûtent aux joies d’un concept très tendance : la « léthargie foncière forcée ». Pour faire simple, si vous possédez un bout de terrain et que vous avez le malheur de vouloir le céder, l’administration vous oppose un modèle de vertu : le refus de paperasse.
Témara – Al Ousboue
Selon des sources locales qui commencent à trouver le temps long, nos chers citadins se débattent au milieu d’un maquis de procédures si dense qu’il ferait passer la forêt amazonienne pour un jardin japonais. Les règles d’urbanisme en milieu rural y sont appliquées avec un zèle qui force l’admiration.
C’est là qu’intervient le chef-d’œuvre absolu de la législation locale : l’article 58 de la loi 25-90. Un texte magique sur les lotissements qui permet aux fonctionnaires de réaliser de véritables miracles métaphysiques. La députée Nadia Touhami, visiblement peu sensible à la beauté du surréalisme administratif, a levé le lièvre : lorsque de malheureux agriculteurs demandent à diviser leurs terres pour les vendre, l’administration rejette le dossier au motif que ces parcelles sont « destinées à la construction ». Le détail qui tue ? Ces mêmes terres sont officiellement classées en « zones agricoles ».
Résultat des courses : C’est constructible donc on ne peut pas morceler, mais c’est agricole donc on ne peut pas bâtir. Kafka n’aurait pas fait mieux. En attendant, les paysans n’ont plus un sou, mais ils ont des dossiers très bien classés.
Bien entendu, cette paralysie a des effets secondaires absolument rafraîchissants. Faute de pouvoir mener des transactions légales, l’économie locale est gentiment incitée à regarder les trains passer. En revanche, le bâtiment clandestin, lui, se porte comme un charme (il faut bien loger les enfants), tandis que les bras valides fuient vers les villes, désertant des campagnes devenues de formidables musées de la bureaucratie à ciel ouvert.
Émue par ce chef-d’œuvre d’absurdité, notre parlementaire a poliment demandé au ministère de l’Urbanisme et à l’Agence urbaine de Skhirat-Témara de bien vouloir redescendre sur terre. Elle réclame des « mesures urgentes » pour que la loi serve à régler les problèmes des citoyens plutôt qu’à les enfermer dehors. On attend la réponse des bureaux avec un enthousiasme mesuré.



