
C’est bien connu, le grand air de Taza a des vertus thérapeutiques insoupçonnées. À tel point que certaines communes ont trouvé le remède miracle au surpeuplement de leurs propres asiles : le grand débarras. Selon une pétition de militants locaux adressée aux ministères de l’Intérieur et de la Santé, des cohortes de sans-abris et de personnes souffrant de troubles psychiatriques seraient mystérieusement « téléportées » depuis d’autres villes pour être gentiment déposées sur les trottoirs de Taza. Le tri sélectif version décentralisation, en somme.
Rabat – Al Ousboue
Pendant ce temps-là, à l’hôpital provincial Ibn Baja : le service psychiatrique fonctionne en mode « fantôme ». Pas l’ombre d’un médecin spécialisé à l’horizon. Une pénurie de blouses blanches si spectaculaire qu’on se demande si le corps médical n’a pas, lui aussi, pris la poudre d’escampette pour préserver sa propre santé mentale.
En attendant que les autorités daignent brancher leur ligne d’urgence, les nouveaux arrivants s’approprient l’espace public à leur manière. Au programme des réjouissances : départs de feux volontaires, agressions physiques, actes de vandalisme et de dégradation de biens publics et privés. Bref, une animation de rue permanente qui ravit les habitants, désormais contraints de raser les murs en priant pour leur sécurité.
Face à ce joyeux chaos, les signataires de la pétition réclament, avec une naïveté qui force le respect, l’ouverture d’une enquête pour comprendre comment des camions entiers de malades peuvent ainsi être abandonnés dans la nature. Ils poussent même l’audace jusqu’à demander des solutions « humaines et juridiques », ainsi qu’un vrai médecin, un vrai de vrai, payé pour ausculter.
Mais que les citoyens se rassurent : tant que les ministères concernés étudient le dossier à la vitesse d’un escargot asthmatique, Taza conserve son titre de premier hôpital psychiatrique à ciel ouvert du pays. Sans budget, et surtout, sans ordonnance.



