
C’est le miracle annuel de la foi et de l’inflation. En cette semaine d’Aïd al-Adha, les Marocains ont célébré le sacrifice d’Abraham… en y sacrifiant d’abord leur propre compte en banque. Pour les bourses modestes et les classes moyennes, la fête a désormais un petit goût de fin de mois, la faute à un budget devenu totalement ovin-gardiste.
RABAT – Al Ousboue
Selon les calculs, l’affaire exige désormais d’allonger un chèque oscillant entre 5 000 et 10 000 dirhams. Une broutille. À ce tarif-là, on n’achète plus seulement un mouton, on finance visiblement son entrée au capital, l’achat des fringues des gamins, les épices plaquées or et le charbon de compétition indispensable pour griller une viande qui vaut déjà son pesant.
Jadis, l’Aïd était une douce communion familiale. Aujourd’hui, c’est une épreuve de force olympique contre la calculette.
Mais que les rabat-joie se rassurent : le marché est d’une stabilité exemplaire dans sa flambée, touchant absolument tous les produits avec une belle régularité. Pour honorer la tradition sans finir au pain sec, les citoyens ont heureusement le choix des armes : courir mendier un crédit à la consommation auprès de banquiers qui se frottent déjà les mains, ou brader la télévision du salon sur Avito. On n’a peut-être plus de télé, mais on a un mouton. Elle est pas belle, la vie ?



