SOCIÉTÉ QUI CLOCHE

Subventions agricoles | Les céréaliers sèment le blé, les intermédiaires récoltent les aides

Pourquoi soutenir les céréaliers quand on peut subventionner ceux qui importent leurs problèmes ?

Au Maroc, il existe une espèce particulièrement protégée par les pouvoirs publics : le secteur productif subventionné. Une bête robuste, bien nourrie, régulièrement abreuvée d’aides directes, d’aides indirectes, de ristournes, de facilités, de coups de pouce et autres caresses budgétaires administrées avec la délicatesse d’un vétérinaire ministériel.

Rabat – Al Ousboue

Ces cinq dernières années, nombre de filières agricoles ont ainsi goûté aux douceurs de l’État nourricier. Les producteurs d’agrumes, par exemple, bénéficient de subventions liées aux superficies exploitées, comme d’autres cultures choyées par la manne publique. Jusque-là, rien que de très anormal : quand l’État aime, il ne compte pas. Surtout quand ce sont les contribuables qui règlent l’addition.

Mais voici que surgit une curiosité budgétaire : les céréaliculteurs, eux, regardent passer le train des aides depuis le quai, chapeau à la main et bottes dans la poussière. Ce secteur pourtant vital, censé contribuer à l’autosuffisance alimentaire du pays, ne semble pas bénéficier du même enthousiasme subventionnel. Le blé nourrit le peuple, certes, mais apparemment il nourrit moins bien les circuits habituels de la générosité publique.

Plus savoureux encore : malgré une récolte de blé plutôt favorable cette année, le gouvernement s’apprêterait à remettre une tournée générale aux minotiers et aux importateurs. Importations de céréales, subventions, soutiens indirects : la partition est connue, le refrain bien huilé, les musiciens toujours les mêmes. À chaque campagne agricole, on change quelques notes, mais l’orchestre joue invariablement pour les mêmes invités.

Et comme une bonne farce budgétaire ne saurait s’arrêter au grenier, voici venir le chapitre bovin. Le gouvernement envisagerait de débloquer 12 milliards de dirhams pour soutenir les « spéculateurs du bétail », officiellement afin de développer le cheptel. On croyait aider l’élevage ; on découvre qu’il faut surtout engraisser ceux qui tournent autour de l’étable.

Ainsi va la politique agricole : on promet l’autosuffisance, on subventionne l’importation ; on parle de souveraineté alimentaire, on dorlote les intermédiaires ; on invoque le paysan, mais c’est souvent le spéculateur qui passe à la caisse. Bref, au grand banquet des aides publiques, le cultivateur de blé reste près de la porte, tandis que les habitués de la mangeoire reprennent du dessert.

Et l’on comprend mieux la formule : il ne s’agit plus seulement de graisser le dos du bétail engraissé. Il s’agit de vérifier, campagne après campagne, qu’il brille encore assez pour refléter la lumière des subventions.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page
Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com