RÉGIONS QUI RÂLENT

Casablanca | Quand les poubelles font de la politique

Averda, ou l'art de partir en claquant la portière... du camion benne ?

Il faut le dire tout net : à Casablanca, on ne change pas de camion-poubelle comme on change de chemise. On l’a vérifié cette semaine, et le résultat est à la hauteur de nos ambitions habituelles en matière de gestion publique, c’est-à-dire, disons-le avec tout le tact requis, franchement pittoresque.

Casablanca – Al Ousboue

Résumons l’intrigue. Averda, opérateur Libanais qui ramassait nos ordures depuis des années avec l’enthousiasme qu’on lui connaissait, s’est fait recaler du nouvel appel d’offres 2026-2033. Motif invoqué : incapable de présenter ses bilans financiers 2024-2025. Un groupe qui gère des millions de dirhams de contrats publics et qui « oublie » ses comptes, voilà qui inspire confiance sur la rigueur générale de l’entreprise, et accessoirement sur celle du contrôle qu’on exerçait sur elle depuis le début.

La vengeance du camion mal entretenu

Et là, coup de théâtre digne d’un mauvais soap : à peine éliminé, Averda semble avoir soudainement perdu toute motivation à entretenir son matériel. Un élu, la larme à l’œil, confie que « les engins ont été récupérés dans un état lamentable ». Merveilleuse coïncidence temporelle, n’est-ce pas ? On ne saurait accuser personne de bouderie organisée mais on notera tout de même qu’un mois durant, les bennes ont continué de rouler sans entretien pendant que la commune, elle, négociait tranquillement avec les petits nouveaux. Un mois et demi de tractations feutrées, pendant que les trottoirs, eux, accumulaient une expertise olfactive certaine.

Résultat : Arma et SOS NDD, les fraîches recrues des lots 2 et 4, héritent d’un parc automobile plus proche de la casse que du centre technique, et doivent illico louer des camions pour ne pas se retrouver à ramasser les ordures à la petite pelle. Beau début de mandat.

Le wali monte au front, comme d’habitude

Face à ce spectacle, Mohamed Mhidia, wali de Casablanca-Settat, a convoqué tout ce petit monde vendredi pour un recadrage version karcher, ironie du sort. On imagine la scène : sommation ferme, mines constrites, promesses de redressement. La commune, de son côté, assure benoîtement que « la situation est en train de se redresser », formule magique qui, au Maroc, sert généralement à dire « on gère la crise en espérant que personne ne s’en aperçoive trop ».

Cerise sur le tas de gravats : il a fallu que l’autorité s’en mêle personnellement pour que les nouveaux délégataires acceptent de reprendre l’ensemble du personnel d’Averda avec ses acquis, et pour que les salaires de juin, restés en carafe, soient enfin virés, le 6 juillet excusez du peu. Sans cette intervention, des dizaines de familles auraient fait les frais d’une bataille de bilans comptables entre multinationales.

Et pendant ce temps, la politique se régale

Comme il se doit, l’opposition communale, PJD en tête, s’est empressée de surfer sur la vague nauséabonde à quelques mois des législatives. Rien de tel qu’un tas d’ordures pour faire un bon slogan de campagne, le symbole est tellement limpide qu’on se demande presque si le calendrier électoral n’a pas, lui aussi, ses petits arrangements avec le calendrier des poubelles.

Quant à Averda, l’entreprise se console comme elle peut : il lui reste encore un contrat au Maroc, celui de la province de Nouaceur. Un lot de consolation modeste, mais qui a au moins le mérite, espérons-le, de venir avec des factures à jour.

En résumé : une transition censée moderniser la gestion des déchets casablancaise a surtout brillé par son chaos logistique, ses camions fantômes, ses salaires en retard et son intervention walienne de la dernière chance. La ville respire, au sens propre comme au figuré, un peu mieux depuis. On applaudit des deux mains, en se pinçant le nez.

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