
Alerte générale au bonheur obligatoire ! C’est une de ces vagues d’altruisme lourd, option pelleteuse, qui s’est abattue cette semaine sur le douar Chleuh, dans la province de Nouaceur. Dans le cadre du poétique programme national « Villes sans bidonvilles », subtil concept consistant à supprimer les bidonvilles en commençant par supprimer les abris, pas moins de 150 constructions « anarchiques » ont été prestement éradiquées. Les mauvaises langues appelaient ça des foyers ; l’administration, elle, y a vu un nid de « stigmates ».
Rabat – Al Ousboue
Que le bon peuple se rassure, nos fonctionnaires ont le cœur sur la main et le compas dans l’œil. Loin de toute précipitation, cette démonstration d’affection mécanique se préparait en douce depuis 2021. Pensez donc : quatre ans de réflexion pour accoucher d’un recensement, suivis en 2025 d’un « numérotage systématique » des taudis. On imagine l’émotion des résidents, élevés au rang de numéros d’inventaire en attendant le grand jour.
Selon les gazettes locales, l’opération a été menée « avec toute la rigueur requise ». Comprendre : un déploiement de forces de l’ordre digne d’une manifestation devant le parlement, histoire de garantir le « bien-être » des récalcitrants dans des « conditions optimales de sécurité ». Pour que la fête soit totale, les familles avaient été poliment prévenues deux mois à l’avance, histoire de leur laisser le temps d’admirer la précision du calendrier administratif.
L’objectif de ce grand ménage de printemps au début de l’été ? Assurer une « transition en douceur vers une vie digne et épanouie ». Les sans-logis apprécieront la délicatesse de la transition, qui commence généralement par un grand courant d’air et un tas de gravats. Mais qu’importe, puisque c’est pour leur bien, pour la « requalification du cadre bâti » et pour la « justice territoriale équilibrée ».
Reste une question que les esprits chagrins n’oseront poser : une fois le bidonville rasé et la « justice » passée, les familles ont-elles reçu des clés ou simplement de belles promesses sur papier glacé ? L’histoire ne dit pas si le dispositif de relogement inclut un toit immédiat ou s’il s’agit d’une option « dignité en kit », à monter soi-même au milieu de nulle part.



