SPORT EN SUEUR

Botola Pro D2 | Soupçons de matchs arrangés

Les joueurs ont-ils confondu le ballon rond avec une valise diplomatique ?

C’est le retour d’une vieille tradition printanière, aussi immuable que la transhumance ou les promesses électorales : le traditionnel parfum de combinazione qui flotte sur la deuxième division marocaine. À chaque fin de saison, c’est le même miracle : alors que les pelouses jaunissent, les imaginations verdissent.

Rabat – Al Ousboue

Cette fois, ce sont les réseaux sociaux, ces grands tribunaux de la vérité pure, qui ont jeté un pavé dans la mare de la 28ème journée. Dans le collimateur ? Le choc au sommet du fair-play entre l’Union Sportive Amal Tiznit et le Moghreb de Tétouan. À en croire les mauvaises langues, le match aurait été « licencié », une bien jolie formule administrative pour suggérer que onze gaillards en short auraient levé le pied avec la grâce d’un fonctionnaire un vendredi après-midi.

L’art du communiqué qui lave plus blanc

Face à ce vent de calomnies, la direction du club Soussi n’a pas tremblé. Elle a dégainé l’arme absolue du football moderne : le communiqué officiel. Un chef-d’œuvre de littérature sportive où l’on salue « l’investissement des joueurs » (sans préciser dans quel produit financier) et où l’on balaie ces accusations « dénuées de preuves tangibles ». Circulez, il n’y a rien à voir, le score était écrit dans le grand livre du destin, pas sur un carnet de chèques.

Le problème, c’est que dans cette joyeuse division, le public a la fâcheuse manie de ne plus croire aux miracles. Il faut dire que la communication des instances fédérales est tellement transparente qu’on dirait un mur de béton de Sidi Kacem. En l’absence d’explications claires sur les coulisses de la compétition, le supporter de base, cet éternel sceptique, s’obstine à se poser des questions à chaque fois qu’un gardien de but plonge du mauvais côté avec trois secondes de retard.

La transparence, c’est pour la saison prochaine

Soyons justes : Tiznit n’a pas le monopole du soupçon. C’est toute la structure de la D2 qui souffre d’une légère baisse de tension éthique, surtout quand les destins se croisent. Quand les clubs du haut du tableau qui rêvent d’Arabian Nights en première division croisent ceux du bas qui luttent pour ne pas sombrer dans l’anonymat des ligues amateurs, les ballons deviennent soudain très lourds. Ou très légers, c’est selon.

Pendant que l’Amal Tiznit réaffirme ses ambitions de grandeur tout en préparant déjà le parapluie de l’échec (« c’est la faute à la pression »), une grande question métaphysique demeure : comment rendre sa crédibilité à un championnat où le suspense se joue parfois plus dans les salons des hôtels que sur le rectangle vert ?

La Fédération va sans doute nous promettre de « renforcer les mécanismes de contrôle ». En attendant, les supporters sont priés de continuer à payer leurs places pour admirer le spectacle. Quel qu’il soit.

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