
Bienvenue au bled ! Ou plutôt, bienvenue au guichet. Pour la diaspora maghrébine, le retour annuel au pays ressemble de plus en plus à un stage intensif de dépouillement de portefeuille, avec la bénédiction des autorités locales. C’est le grand paradoxe de l’été : plus vous aimez votre patrie, plus elle vous le fait payer. Littéralement.
Maroc : Le forfait « Touriste » vs le tarif « MRE »
Au royaume, l’hospitalité a un prix, et il est indexé sur votre arbre généalogique. Vous êtes un touriste européen pur jus, prénommé Jean-Pierre, débarquant via un tour-opérateur ? Félicitations, vous bénéficiez du tarif « tapis rouge », ultra-compétitif, option buffet à volonté.
Vous êtes un Marocain résidant à l’étranger (MRE), revenu au bercail pour embrasser la famille ? Pour vous, ce sera le tarif « vaches à lait ». Selon les professionnels du secteur, qui gardent le sens des affaires à défaut de celui de l’équité, le séjour d’un enfant du pays coûte désormais le double de celui d’un étranger. Les hôtels, les restos et jusqu’au moindre frais de tour operateur appliquent la douloureuse avec un enthousiasme qui force le respect.
Le chiffre qui rassure les comptables : Malgré ce racket organisé, le MRE a la peau dure (et le cœur tendre). Ils sont déjà 1,5 million à avoir afflué depuis le début de l’été. Quand on aime, on ne compte pas… et l’État Marocain compte sur eux.
Tunisie : Interdit aux locaux (sauf s’ils paient plein pot)
Du côté de Tunis, on a poussé le concept de la ségrégation hôtelière encore plus loin. Les Tunisiens de l’étranger ont découvert avec joie qu’ils étaient strictement interdits de bénéficier des promos accordées aux touristes de leur pays de résidence.
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Pour l’Allemand ou le Français : La semaine en 4 étoiles s’affiche à un modeste 283 euros.
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Pour le Tunisien : Le même hôtel passe magiquement à 300 euros… la nuit.
À ce prix-là, le jasmin a un arrière-goût de kérosène. Résultat : la diaspora boycotte les hôtels et redécouvre les joies du canapé convertible chez la tante Fatma. C’est tellement plus typique.
Algérie : Air Algérie ou le miracle de la multiplication des prix
En Algérie, le voyage commence par un exploit mystique : trouver un billet d’avion. Entre le 15 août et le 1er septembre, les places sur Air Algérie s’achètent au prix d’un rein sur le marché noir. Comptez 500 euros l’aller-simple si le dieu du clic est avec vous.
Le plus savoureux reste le traditionnel sketch des autorités aéroportuaires et gouvernementales. Chaque année, à la même période, c’est la surprise générale :
« Tiens, les émigrés veulent rentrer pour les vacances ? Quelle drôle d’idée, on ne l’avait pas vu venir celle-là ! » Une amnésie annuelle qui permet de maintenir une offre bien inférieure à la demande. La presse locale note que la diaspora réclame « du respect » pour sa contribution à l’économie. Qu’ils se rassurent : leur argent est respecté au centime près. Pour le reste, il faudra repasser à la basse saison.



