ECONOMIE & MONOPOLY

Logement social : L’État offre les murs, trouvez le toit !

devenir propriétaire est-il devenu un luxe trop cher pour les pauvres ?

Sortez les confettis et les trompettes ! Notre sémillant secrétaire d’État chargé de l’Habitat, Adib Benibrahim, vient de s’auto-décerner la médaille d’or de la philanthropie de béton. Avec un grand sourire réglementaire, le ministre nous agite un chiffre magique : 105 027 heureux élus ont touché le pactole de l’aide directe au logement. Bon, d’accord, ils étaient près de 220 000 à l’attendre, mais ne chipotons pas sur les recalés, la fête est si belle dans les communiqués officiels !

Rabat– Al Ousboue

Le hic, c’est que pour dénicher ce fameux « logement social » béni par les dieux des statistiques, mieux vaut aimer la vie provinciale. Si vous rêvez de Fès, Meknès ou Berrechid, vous êtes le roi du pétrole. En revanche, si vous avez la mauvaise idée de vouloir travailler et vous loger à Rabat, Casablanca, Tanger ou Marrakech, l’administration vous invite cordialement à aller vous faire pendre ailleurs. Dans ces métropoles, le logement à bas coût est devenu une légende urbaine, au même titre qu’un promoteur immobilier désintéressé.

Il faut dire que le plan d’attaque de l’État frise le génie mathématique :

  • L’offre premium : Une aide de 70.000 DH pour tout bien entre 300.000 et 700.000 DH .

  • La douloureuse réalité : En centre-ville, le moindre studio se négocie à partir de 700.000 DH.

Pour couronner ce chef-d’œuvre de politique sociale, les promoteurs immobiliers, ces grands humanistes, ont trouvé la parade pour pimenter le jeu : le traditionnel et très illégal « noir ». Pour obtenir les clés, il convient de glisser un petit dessous-de-table de 50.000 DH (au bas mot) sous le manteau. Une économie informelle qui échappe magnifiquement aux radars du fisc, mais pas au portefeuille du contribuable.

Et si, par miracle, le citoyen lambda survit à la spéculation, aux monopoles fonciers et aux enveloppes surprises, il lui reste le grand frisson final : la banque. Là, face à des banquiers pris d’une frilosité digne d’un hiver sibérien, le candidat à la propriété comprend enfin le message.

Bref, le logement social n’a jamais si bien porté son nom : il est tellement « social » qu’il évite soigneusement d’importuner les pauvres.

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