
La Fédération nationale de la presse marocaine signale le grand retour des poursuites judiciaires contre les journalistes. Apparemment, on a redécouvert que pour certains responsables, transformer une critique en infraction pénale est plus simple que d’accepter de mettre la lumière sur leurs petites affaires.
Rabat – Al Ousboue
Fait nouveau et presque festif : cette année, pas d’arrestations de journalistes. Conséquence immédiate et spectaculaire : un petit coup de pouce au classement du Royaume en matière de liberté de la presse. Mais ne vous emballez pas !
Dans un étonnant retournement de scénario, les magistrats du quotidien cherchent désormais à troquer la loi sur la presse, unimodèle et un peu ringarde, contre l’antique et robuste code pénal. On frôle l’idée d’un prix littéraire pour la meilleure relecture pénale d’un article d’investigation.
La Fédération observe, non sans un soupçon d’amertume, que la période d’accalmie où les élus se tenaient à carreaux face aux critiques semble déjà bien loin. Les tentatives de poursuites reviennent, comme les mauvaises herbes dans un jardin mal entretenu. Et qui sème le code pénal récolte l’impression d’une escalade judiciaire.
La solution proposée ? Un grand moment d’apaisement politique et juridique : levée des poursuites, abandon du transfert des dossiers de presse vers le pénal, et retour à la normale. Car, selon la Fédération, protéger les journalistes contre la détention n’est pas du luxe philanthropique mais « la » condition pour un environnement professionnel digne de ce nom.
La crise du secteur, précise-t-elle, n’est pas seulement une affaire de pratiques douteuses ou d’entreprises aux abois : c’est surtout l’absence criante de réformes législatives et institutionnelles qui correspondent aux transformations des médias. En clair : on change les formats, pas les règles, et l’on s’étonne ensuite que tout parte en vrille.
Autre symptôme, plus terre-à-terre : la précarité des métiers. Salaires rachitiques, protection sociale en kit et contrats précaires en série ont poussé nombre de talents à fuir vers d’autres secteurs ou vers l’étranger. Si l’on veut redresser la presse nationale, conclut la Fédération, il faudra commencer par remettre à niveau les conditions des travailleurs.
Bref, la Fédération réclame ce que demanderaient tout esprit un tant soit peu raisonnable : des lois qui protègent la presse, des responsables qui supportent la critique, et un environnement professionnel qui ne ressemble pas à une zone sinistrée. On attend la réaction des autorités avec popcorn ou avec un stylo, selon l’humeur.



