
Miracle économique ou grand coup de balai sous le tapis ? Les comptables de la Direction générale des impôts (DGI) viennent de publier leur rapport annuel, et à les lire, le Maroc est devenu une pépinière de Steve Jobs en babouches.
Rabat – Al Ousboue
Pensez donc : 463 383 auto-entrepreneurs recensés fin 2025 ! Une hausse de 5 % en un an. À ce rythme, d’ici dix ans, le pays ne comptera plus un seul salarié, mais uniquement des « PDG d’eux-mêmes ».
Mieux encore, ces micro-patrons représentent 69 % des nouvelles inscriptions de personnes physiques en 2025. Un « attrait continu », jure la DGI avec le sérieux d’un banquier central. Traduisons plutôt le jargon de nos chers inspecteurs : face à un marché de l’emploi formel frileux, le statut de l’auto-entrepreneur reste le meilleur moyen de maquiller le système D et le secteur informel en « start-up nation ». Tu es livreur à vélo ou coursier ? Félicitations, tu es un « opérateur économique indépendant ».
Pour saupoudrer le tout d’un peu de modernité technocratique, le rapport nous bombarde de chiffres vertigineux : 230 488 demandes d’ICE (l’Identifiant Commun de l’Entreprise, le sésame pour exister aux yeux du fisc). Et pour que la fête soit totale, la DGI se félicite d’avoir numérisé la paperasse via la plateforme Direct Entreprise dans tous les tribunaux du Royaume.
C’est le grand miracle de la digitalisation : on n’a peut-être pas créé de vrais emplois stables avec couverture sociale, mais on a permis de s’inscrire au chômage déguisé… entièrement en ligne et en quelques clics ! Elle n’est pas belle, la vie d’entrepreneur ?



