
Oubliez les urnes, les meetings et les promesses de campagne qui n’engagent que ceux qui les croient. À Rabat, la mode est au minimalisme politique. À quelques semaines des élections, une brise de « profonde réflexion » secoue la capitale. C’est que le peuple, ou du moins celui qui vote, rêverait d’un miracle : et si on remplaçait nos chers politiciens par de vrais professionnels ?
Rabat – Bouchaïb Al Idrissi
Certes, la Constitution, cette rabat-joie, s’obstine à vouloir que le chef du gouvernement soit issu du parti vainqueur des législatives. Un détail technique. Car si l’on écoutait le bon peuple Marocain, le choix se porterait massivement sur des profils « indépendants et neutres ». Comprenez : des technocrates bien lisses, diplômés des grandes écoles, dotés de CV longs comme un jour de ramadan et d’un charisme de tableur Excel.
Il faut dire que nos ministres « non apparentés » (ceux qui gèrent les Affaires étrangères, l’Intérieur ou la Défense sans jamais avoir eu à serrer de mains sur un marché) font baver d’envie. Eux, au moins, font preuve d’une « rigueur » qui tranche singulièrement avec le joyeux bazar et les bilans mitigés de nos professionnels du suffrage. On nous ressort même l’excellent cru de 1977, époque bénie où des candidats « sans étiquette » avaient tout raflé avant de s’apercevoir, l’année suivante, qu’il leur fallait quand même une étiquette pour fonder le RNI. Chassez le naturel politique, il revient au galop.
Face aux crises mondiales, à l’inflation et aux séismes géopolitiques, la messe est dite : le salut de la patrie ne passera pas par de vibrants discours de tribunes, mais par le « pragmatisme économique ». Pour les observateurs avisés, la gouvernance de demain doit être confiée à une nouvelle génération de managers certifiés ISO 9001, capables de conjuguer vision stratégique et totale absence d’états d’âme.
Bref, pourquoi s’embêter à voter pour des partis quand on peut directement élire un cabinet de conseil en stratégie ? La démocratie, oui, mais bien gérée, s’il vous plaît !



